Bible et liturgie (3)  L’année C, année de l’évangile selon saint Luc

 

Le premier dimanche de l’Avent marque le début d’une nouvelle année liturgique. Ce 28 novembre, nous commençons une « année C », donc une année consacrée à la lecture de l’évangile selon Luc. Seulement quelques dimanches feront exception, ceux du temps pascal ainsi que le 2e dimanche ordinaire et les 3e et 5e dimanches de Carême qui donnent à entendre des récits tirés de l’évangile selon Jean. Autre exception, le dimanche de l’Epiphanie, car la venue des Mages n’est racontée que dans l’évangile selon Matthieu.

Luc, le troisième évangéliste

L’évangile selon Luc, appelé aussi « troisième évangile » parce qu’il occupe habituellement la troisième place dans les manuscrits du Nouveau Testament, est l’œuvre d’un auteur anonyme ayant écrit vers les années 80 du premier siècle. Une tradition, qui apparaît un siècle plus tard, attribue le texte à un compagnon de voyage de saint Paul, du nom de Luc. Chrétien d’origine païenne, c’est un très bon connaisseur des saintes Ecritures selon la traduction grecque de la Septante.

Le récit de Luc suit le même plan général que ceux de Marc et de Matthieu. Il se distingue d’eux  par la mention du destinataire de l’écrit, le « très honorable Théophile » (Lc 1,1-4). Luc est le seul parmi les quatre évangélistes à avoir écrit une suite au récit consacré à Jésus. Il est en effet aussi l’auteur du livre des Actes des Apôtres, également destiné à « Théophile ». Ce nom peut certes être celui d’une personne connue de l’auteur, mais peut tout aussi bien désigner chaque lecteur « ami de Dieu » ou « aimé de Dieu ».

L’exposé de l’activité de Jésus, de ses débuts jusqu’à sa mort et sa résurrection, contient de nombreux textes parallèles aux évangiles de Marc et de Matthieu. Cependant, l’évangile de Luc compte également grand nombre de récits qui lui sont propres. Parmi ceux-ci, on trouve, par exemple, le récit de l’enfance de Jésus qui diffère nettement de celui de Matthieu, les paraboles dites « de la miséricorde » (la brebis retrouvée, la pièce retrouvée, le fils retrouvé, Lc 15,1-32), le récit des disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-33), pour ne citer que les plus connus.

Jésus, le sauveur de tous

« Mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé face à tous les peuples : lumière pour la révélation aux païens et gloire d’Israël ton peuple. » (Lc 2,31-32) Les paroles prophétiques prononcées par Syméon au moment de la présentation de Jésus au temple énoncent le thème qui court à travers tout l’évangile lucanien : le salut est pour tous, juifs et païens. Les guérisons (le serviteur du centurion de Capharnaüm, Lc 9,1-10 ; les dix lépreux, Lc 17,11-19), les rencontres (Lc 8,21), les paraboles (le bon Samaritain, Lc 10,25-37), les discussions avec les disciples (9,50.54-55) jusqu’à leur envoi en mission (Lc 24,47-48) … quel que soit le type de récit, partout l’ouverture aux non-juifs est présente.

La non-discrimination prend également une autre forme dans le troisième évangile. Parmi les Synoptiques, c’est celui qui accorde la plus grande place aux femmes. Luc est le seul à dire qu’il y avait des femmes parmi les disciples qui suivaient Jésus sur les routes de Galilée (Lc 8,1-3). Il en nomme plusieurs (Marie de Magdala, Jeanne, Suzanne) et présente Marthe et Marie, les amies de Jésus (Lc 38-42).

Jésus, le sauveur miséricordieux

S’il ne fallait retenir qu’un seul trait de caractère du Jésus lucanien, ce serait sans doute la miséricorde. « Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent. » (Lc 5,32). La déclaration de Jésus est illustrée par de nombreux récits le montrant accueillant les exclus de la société et leur accordant le pardon (p. ex. Lévi, Lc 5,27-39 ; la pécheresse, 7,36-50 ; Zachée, 19,1-10 ; le deuxième larron, Lc 23,41-43). Cette prédilection à se tourner vers ceux qui étaient stigmatisés lui a valu d’être lui-même méprisé et appelé « l’ami des pécheurs » (7,34).

L’attitude de Jésus est une invitation aux lecteurs de l’évangile à manifester à leur tour de la compassion envers les plus pauvres et à faire preuve de solidarité et de justice. La nécessité d’un engagement éthique sous-tend maints passages, p. ex. la parabole du riche et du pauvre Lazare (Lc 16,19-31) ou encore le récit de l’obole de la pauvre veuve (Lc 21,1-6).

Parmi les traits caractéristiques de l’évangile selon Luc, on pourrait encore citer l’importance accordée à la prière et bien d’autres richesses que la lecture continue de cet évangile nous fera découvrir tout au long de l’année C.

Marie-Elisabeth Kiessel