JEU DE LA PASSION LIGNY

Le Jeu de la Passion de Ligny : un siècle de foi et de théâtre

Par Diocèse de Namur

Publié le 27 février 2025
5 min

Depuis un siècle, le petit village de Ligny, dans l’entité de Sombreffe, vibre durant le Carême, au rythme du Jeu de la Passion, une représentation théâtrale unique qui retrace la vie et la Passion du Christ. Née en 1925 d’un simple défi lancé par l’abbé Mailleux, cette initiative est devenue une institution locale portée par des générations de bénévoles. Malgré les aléas du temps et les défis logistiques, cette tradition se perpétue avec ferveur, attirant un public fidèle et curieux. Cette année, pour son centenaire, la Confrérie de la Passion promet une édition exceptionnelle, un hommage vibrant à tous ceux qui ont fait vivre ce spectacle au fil des décennies.

Ligny, connu pour son rôle dans l’histoire napoléonienne, est aussi un village marqué par un fort esprit associatif. Ce dynamisme se retrouve notamment au sein du Cercle Saint-Joseph, créé en 1909 sous l’impulsion de l’abbé Crépin. Dès son origine, ce cercle paroissial a joué un rôle essentiel dans la vie culturelle et religieuse locale, offrant aux habitants un espace de rencontre et d’expression artistique. Ainsi, c’est tout naturellement ce cercle qui relèvera de défi lancé par l’abbé Mailleux et un groupe de paroissiens de retour de Nancy où ils avaient assisté à une représentation de la passion, d’organiser leur propre spectacle. Avec l’aide de la chorale Sainte-Cécile et de la fanfare de la Paix, porté par l’enthousiasme général, le premier Jeu de la Passion voit le jour en novembre 2025 grâce au livret de l’abbé Cussac, qui s’inspire de la Passion d’Oberammergau en Allemagne. En quelques semaines, les décors rudimentaires sont montés, les costumes confectionnés, et les acteurs amateurs se préparent à incarner les personnages bibliques. Michel Lefebvre, membre de la Confrérie de la Passion pointe quelques photos « des décors de papier et de carton, des costumes basiques, des barbes dignes du cinéma muet, pas d’actrice sur scène ». Le succès est immédiat. L’émotion est palpable, et la tradition s’enracine dès les premières années. Acteurs et spectateurs font preuve d’un engouement et d’une frénésie hors du commun » pourra-t-on lire dans les archives du Cercle et un an après cette première prestation, 13 autres représentations avaient vu le jour.

Si le Jeu s’interrompt pendant la Seconde Guerre mondiale, il renaît en 1947 sous l’impulsion de l’abbé Delvigne, avec une mise en scène modernisée et des textes révisés sous l’expertise des moines bénédictins de Maredsous, avec en 1960, une étape marquante franchie : l’autorisation d’actrice féminine sur la scène. En 1966, sous la direction d’André Pesleut, le spectacle connaît une révolution artistique : le décor est simplifié, les costumes stylisés et le jeu scénique inspiré du théâtre antique avec l’intégration d’un chœur qui ne participe pas à l’action mais en est le témoin privilégié. Dix-huit tableaux remplacent les six originaux ; plus de 2h30 de spectacle ! Chaque représentation est une fête. Depuis lors, chaque génération a su renouveler l’œuvre, conservant son essence tout en l’adaptant aux évolutions contemporaines. Aujourd’hui, Michel Michaux et Danielle Tholomé ont pris le relais d’André Pesleut à la Confrérie de la Passion, poursuivent cette mission avec l’appui d’une équipe dévouée dont Pierre Brasseur, André de Munck et Michel Lefebvre.

Une aventure humaine et spirituelle

Ce qui interpelle dans le Jeu de la Passion de Ligny, c’est l’implication colossale des bénévoles. « La plupart des acteurs ont posé les pieds sur les planches dès leur plus jeune âge et continuent le jeu de génération en génération explique Monsieur Lefebvre. La préparation des acteurs avec les répétitions commence presque trois mois à l’avance ; Elles se font le dimanche après la messe ». Plus de 150 acteurs, une centaine de rôles distribués, 200 costumes confectionnés à la main, des décors soigneusement pensés et des heures de répétitions minutieuses forment le socle de cet événement hors du commun. Une implication sur la scène, mais également dans les coulisses comme grimeurs, souffleurs, costumiers, ouvreurs, éclairagiste, metteurs en scène etc. « Chaque détail compte : du jeu des acteurs à la lumière, en passant par la mise en scène et la sonorisation, chaque élément est pensé pour offrir une expérience immersive au public », souligne Monsieur Lefebvre. Jusqu’en 2022, la Ferme d’en Bas, bâtiment du Cercle Saint-Joseph, était le décor de ces représentations. La crise sanitaire liée au Covid a cependant obligé les organisateurs à trouver un nouvel espace, et c’est dans l’église paroissiale dédiée à Saint-Lambert que la représentation trouve désormais refuge. Un changement qui a imposé une refonte complète de la mise en scène : la durée du spectacle est réduite à 1h30, le décor et les jeux de lumière sont adaptés à l’architecture de l’église, une large estrade est installée dans le chœur de l’église par la commune. Les sacristies servent de coulisses. Mais l’esprit demeure intact : proclamer l’Évangile par le théâtre, toucher les cœurs et rassembler une communauté dans une dynamique de foi et de partage.

Un rendez-vous immanquable pour les 100 ans !

Depuis un siècle, le Jeu de la Passion de Ligny rassemble, émeut et fait réfléchir. Aujourd’hui encore, la Confrérie de la Passion continue de transmettre cet héritage aux nouvelles générations dans une volonté de faire vivre l’évangile par le théâtre, sans prosélytisme, mais avec la puissance intemporelle du récit et du jeu scénique. Rendez-vous à Ligny pour célébrer ensemble 100 ans d’une passion qui ne s’éteint pas !

Christine Gosselin

Ne manquez pas les représentations de cette édition historique :
Les dimanches 23 et 30 mars et 6 avril : 15h et 17h30 (accueil à 14h et 17h)
Lieu : église Saint-Lambert, Place de Ligny, 5140 Ligny
Tarifs : Adultes 15 € ; Enfants (-12 ans) 10 € ; Groupes (15 pers. et plus) 12 €
Infos et réservations : passionligny@gmail.com | www.passionligny.be |

HOMELIE

Une royauté paradoxale
Dieu est fréquemment présenté comme un roi dans l’Écriture. Affrontés à des
nations gouvernées par des rois très puissants, les Juifs se sont donné un roi
et ils ont foi en une Puissance encore plus haute, un Roi au-dessus de tous
les rois. C’est lui que voit le prophète Daniel et qu’il présente dans son style
apocalyptique (première lecture).
Dans l’Évangile, le thème rebondit avec de multiples mentions du Royaume,
ou du Règne, de Dieu, ou des Cieux. Jésus est présenté comme le Christ,
l’oint, celui qui a reçu l’onction royale, le «fils de David», dont certains
attendent qu’il restaure la royauté d’Israël. Son pouvoir s’exerce sur tout et sur
tous, il est l’alpha et l’oméga, il est aussi le symbole et l’agent de l’unité du
peuple. C’est ainsi qu’on le représente en majesté dans les absides des
églises antiques et romanes.
Mais il ne faut pas s’y tromper. Si le Christ est roi au-dessus de tous les
«rois», sa royauté n’est pas de même nature que les autres. Comme il le dit
clairement à Pilate, son Royaume n’est pas de ce monde: «En fait, ma royauté
n’est pas d’ici» (évangile). Tout dans la vie et la prédication de Jésus atteste
que la puissance de Dieu s’exerce non par la puissance mais par la faiblesse.
Dès le départ, Jésus fait subir à la Royauté attribuée au «Fils de Dieu» un
retournement total: être Maître et Seigneur consiste à se faire serviteur.
Comment pouvons-nous conserver l’image d’un Dieu qui télécommande tout
ce qui se passe dans notre monde, qui fait la pluie et le beau temps? Il nous
faut dépasser cette image qui nous vient du fond des âges. Jésus, le maître et
Seigneur, meurt de la mort des esclaves pour enlever le péché du monde,
notre péché, celui de notre prétention et de nos volontés de domination.
La Royauté du Christ ne ressemble pas aux pouvoirs de ce monde; la paix
qu’il donne n’est pas celle que le monde peut donner. Jésus ne s’impose pas
par la force (les gardes du corps sont absents et les légions d’anges
n’interviennent pas), sa puissance est attraction de la vérité: sa seule force est
la faiblesse de l’Amour désarmé.
C’est par elle que nous pouvons nous saluer en ce dernier dimanche de
l’année liturgique: «À vous la grâce et la paix de la part de Jésus Christ, le
témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre»
(deuxième lecture).
© Missel des Dimanches