Visage de Dieu, visages des hommes
La contemplation de Jésus crucifié appelle le silence. Silence face à cet homme désigné comme le serviteur «qui était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme» (première lecture); silence face à ce Grand prêtre «éprouvé en toute chose» (deuxième lecture); silence enfin devant le visage couronné d’épines du Fils de Dieu (évangile de la Passion).
Seul le silence nous permet d’entendre, dans les lectures du Vendredi saint, le cri de l’homme défiguré et mis à mort. Mais ces descriptions bibliques de la crucifixion pourraient nous paraître abstraites ou intemporelles si nous n’y associions pas les réalités humaines. S’avance alors le long cortège des comptés pour rien, des souffrants et des méprisés de notre temps, celui des enfants abusés, des migrants noyés, des vieillards dans un couloir d’un home… Tous sont le visage du crucifié.
Du néant de ces défigurations, le visage du Christ pascal surgit. Le prophète Isaïe l’annonce: «Devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit» (première lecture); il est repris par le psaume: «Sur ton serviteur, que s’illumine ta face» (psaume). C’est une promesse et une espérance qui nous est accessible: le visage du Seigneur est «tout au fond de vos cœurs», chantait-on dans un ancien cantique, en réponse à celui qui «cherche le visage, le visage du Seigneur… »
Dans la silencieuse liturgie du Vendredi saint, la croix se fait visage. Sa contemplation se conjugue nécessairement avec l’évocation des visages d’hommes et de femmes dont la vie est crucifiée: la grande prière universelle pour tous les hommes affecte la vénération de la croix.
