Dieu et César
Dans notre société déchristianisée, on continue à entendre cette phrase lancée autrefois par Jésus avec tant d’autorité aux pharisiens qui cherchaient à le prendre en défaut: «Rendez-à César ce qui est à César…» (évangile). Il est vrai que la seconde partie de la phrase est souvent omise: trop évidente peut-être, à moins qu’au contraire le nom de Dieu ne soit devenu trop difficile à prononcer sous nos latitudes. Quoi qu’il en soit, Jésus se présente ici avec force comme celui qui fait la part entre Dieu et César, entre le spirituel et le temporel, sans confusion ni antagonisme, posant là un principe dont nos sociétés démocratiques sauront s’inspirer pour fonder la laïcité.
Mais comment faire confiance à «César» pour gérer les forces de vie et de mort à l’œuvre dans le monde et assurer les fondements de la justice selon l’Esprit du Royaume? Où est le pouvoir de Dieu sur cette terre de misère et de guerre? L’oracle d’Isaïe (première lecture) célèbre la toute-puissance de Dieu quand il s’agit de sauver et de faire vivre les hommes, puisque même l’étranger dominateur, le brillant roi Cyrus, redouté de toutes les nations, devient, sous son action («Il l’a pris par la main»), un défenseur et le sauveur du petit peuple d’Israël en exil. Dans cette capacité à libérer l’homme de ses entraves et de ses violences réside et se manifeste la divinité de Dieu, «de l’Orient à l’Occident». Paul et ses compagnons peuvent en témoigner: dans les épreuves, ils rendent grâce pour les progrès des Églises qu’ils ont fondées (deuxième lecture).
Il nous revient, à nous qui avons reçu cette parole, de la faire retentir jusqu’aux extrémités de l’univers, pour que les portes s’ouvrent et que le dessein de Dieu se réalise. Nous le ferons en Église, en communion, puisque la source même de notre vie est dans la foi que nous avons dans la divinité du Christ.
