Invités à la fête du Royaume
Chez Matthieu, Jésus parle en paraboles aux foules qui ne peuvent ou ne veulent le comprendre. Il utilise ce moyen qui frappe l’imagination et fait vibrer la corde affective plus que le raisonnement, pour ébranler l’ordre trop bien réglé de la religion et de la société de son temps. La parabole du festin nuptial que nous lisons aujourd’hui (évangile) vient clore la série commencée le 24e dimanche avec le débiteur insolvable qui annonce l’imminence du Royaume des cieux et prépare les cœurs à le recevoir. Le refus violent opposé aux prophètes puis au Fils (27e dimanche), puis aux disciples, provoque une sainte colère de la part du roi de la parabole (ce 28e dimanche). L’exclusion de l’homme sans habit de noce montre que le nouveau peuple n’est pas à l’abri du jugement qui frappe Israël incrédule.
Jésus est ici le fils du roi qui invite à la noce. Chacun des auditeurs est appelé à se situer par rapport à cette invitation qui lui est adressée. Notre réponse s’adresse directement à Jésus, parole du Père, en qui se manifeste, proche et cachée, la présence transformante de Dieu. Le Règne de Dieu advient comme un mystère à percer, un dérangement à accueillir, une liberté à saisir. Le choix de la parabole pour le signifier s’impose donc par sa nature même car elle est «un événement de parole par lequel le Royaume se rend présent au monde».
Le Royaume annoncé demande des renoncements, mais il est l’occasion aussi de toutes les générosités (deuxième lecture). Dans la vision d’Isaïe, il n’exclut personne (première lecture). Il est offert à tous les peuples de la terre et pour toujours. Il est vie en plénitude dans le Christ comme le chante le psaume 22. L’eucharistie qui nous rassemble ne préfigure-t-elle pas le banquet du Royaume éternel? Les chrétiens sont appelés à traduire leur foi en communion joyeuse, sous peine de subir le même désaveu divin.
