Force ou faiblesse?
Un détail qui n’en est peut-être pas un: le mot « force » est employé trois fois dans la lecture du livre de la Sagesse (première lecture). La force de Dieu symbolise ici l’origine de la justice, elle est plénitude de la puissance de Dieu et du gouvernement divin sur le monde: «Toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement.» Nous sommes peu habitués à parler ainsi de la force de Dieu, tant nous concevons la force comme une puissance d’anéantissement, de destruction. Cette vision de la force en Dieu est un exemple pour les hommes. Mettre à profit sa propre force, c’est accepter de la mettre au service de la justice, avec cette invitation que «le juste doit être humain».
Dans certaines situations, il nous faut une vraie force intérieure. C’est celle qui nous est décrite dans la parabole du bon grain et de l’ivraie (évangile). Le Semeur témoigne d’une vraie force morale en se refusant d’enlever l’ivraie de peur d’arracher en même temps le blé. Par là, il fait preuve également de justice. En effet, transposé dans la réalité des relations humaines, cela invite chacun à prendre patience, à espérer malgré l’ivraie qui peut pousser en même temps que le blé dans le cœur de l’homme. Il faut être intérieurement fort pour ne pas alors user de violence envers le prochain. En voulant arracher ce qu’il y a d’obscur en son cœur, nous pourrions être injustes envers lui, envers ce bon grain qui pousse aussi en lui. En définitive, le Seigneur sait bien ce qu’il y a en l’homme. C’est bien Lui qui, à la fin de toute chose, sera ce juste et montrera ainsi ce qu’est la vraie force: «L’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.»
Paul abonde dans ce sens: Dieu scrute les cœurs (deuxième lecture). Énonçant le but ultime de la force de Dieu, il affirme que «l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse!» Cela est pour nous une véritable action de grâce.
